AGENDA HYSTERIQUE D'UNE REVOLTE.
MAI 68 : LES IMAGES DE LA TELEVISION
Réalisateur Hugues NANCY, INA 2008
"PAS DE RECTANGLE BLANC POUR UN PEUPLE ADULTE"
On sait combien il a été de bon ton, chez les tenants du discours dominant (N. SARKOZY, J.F. COPPE par exemple), de décrier l'héritage de Mai 68. Tout au plus, on lui reconnaissait quelques avancées en matière de moeurs, notamment. Mauvaise foi ou crainte d'une résurgence ?
L'INA a eu l'excellente idée d'éditer en support DVD un ensemble d'archives télévisuelles couvrant les événements et les débats. Dans le même temps, l'INA consacre ainsi Mai 68 comme un événement historique majeur de la société française, et non comme un simple folklore estudiantin agité !
La qualité de la sélection des documents permet de montrer qu'il s'agissait véritablement d'une volonté populaire de changement politique :
* démocratisation de l'espace public et liberté d'expression (désir de la jeunesse d'être prise au sérieux, de compter politiquement : eh oui, on lui avait donné l'éducation à cette génération, c'était le temps où l'école républicaine donnait, par l'accès au savoir, le goût de la citoyenneté, c'est-à-dire de la pensée politique)
*démocratisation du pouvoir : autoritarisme du Général de Gaulle
* égalité des sexes et des droits
* Mécontentement général de la population (agriculteurs appauvris, ouvriers exploités, chômage lié aux mutations économiques, une jeunesse qui désire plus de liberté et craint l'avenir, guerre du Vietnam et bombe atomique)
*prise de conscience des vices du système capitaliste dont nous payons d'ailleurs aujourd'hui les conséquences !
M. Nicolas SARKOZY ne manque pas d'intelligence politique. Il méprise publiquement cette révolution manquée en la qualifiant de "passéiste" pour éviter qu'on ne voit, comme il le voit lui-même n'en doutons pas, la similitude des circonstances et des combats qui pourrait de nouveau annoncer une déflagration sociale.
Une révolution manquée vaut mieux qu'un conformisme béat ou soumis.
Les similitudes ne doivent pourtant pas nous faire oublier les différences :
* le lien collectif est moribond, les syndicats sont dorénavant quasi-impuissants. En plus des circonstances matérielles qui séparent de fait les citoyens, nous sommes artificiellement séparés par nos dirigeants en "France d'en haut" et "France d'en bas". Nous ne nous reconnaissons pas dans nos souffrances, nous ne voyons que ce qui nous individualise : le rmiste en veut au chômeur qui en veut au travailleur précaire qui jalouse le CDI qui envie le fonctionnaire etc... Mais chaque jour, le fonctionnaire de base s'appauvrit quand on licencie le CDI et que le travailleur précaire est plus pauvre que quand il était chômeur et que le chômeur devient rmiste parce que radié pour avoir refusé les annonces invraissemblables de l'ANPE !!!
Ce n'est pas parce qu'une révolution n'a pas atteint son but qu'elle n'esr pas légitime. Nous sommes peut-être les héritiers de Mai 68. Mais pour être à la hauteur d'un tel événement, il nous faudra d'abord recréer du collectif et du politique.